
Yves Boisset connaît le Milieu. Le réalisateur de cinéma, incendiaire, connu pour ses thrillers politiques sombres au suspense brutal, n’arrête pas de se faire « harceler » au téléphone par le Gang des Lyonnais, dont les membres aimeraient qu’il refasse un film sur eux. Récidivera-t-il ? Pas sûr. En 1977, la sortie de Le juge Fayard, dit le shérif, censuré par les autorités puisqu’il mettait en scène la complicité entre ces bandits et des policiers d’extrême droite, lui avait également valu d’avoir sa tête mise à prix. Surtout, ce qui intéresse Boisset, « c’est moins les gangsters que les relations entre la pègre et le milieu politique. Je n’ai pas d’admiration pour le Milieu, « ses braves » et leur "loi du silence". Je crois plutôt que se sont de grands bavards et qu’ils n’ont aucune morale. »
Cinéaste engagé, Boisset ? « Non, ça a un côté un peu militaire. » Son métier, il l’interprète davantage comme un moyen de produire une critique sociale, une manière de participer à une contestation des institutions. « Le cinéma policier est souvent l’occasion d’une mise en cause d’une profession, d’une industrie. Il contient un côté documentaire très intéressant qui permet de toucher un large public en utilisant les codes du genre comme les rebonds, le suspense. C’est vrai aussi du roman policier, qui est une forme tout à fait noble de la littérature. »
Mais force est de constater que les sujets qui l’intéressent aujourd’hui, notamment la corruption et le pouvoir, sont difficiles à vendre au cinéma. « Aujourd’hui, l’organisation sociale en France repose sur une corruption généralisée, une délinquance en col blanc du milieu des affaires et de l’industrie qui brasse des millions. Les riches n’ont jamais été aussi riches et les pauvres aussi pauvres. Je me défie de trouver un film qui parte en guerre contre les institutions ! » Le désintérêt du public jeune pour les événements politiques, une industrie cinématographique sous le joug des lois commerciales immédiates sont autant raisons qui ne permettent plus au film policier de servir la cause. Et puis, « il y a tellement de séries policières à la télévision maintenant ».
Depuis les années 1980, après la réalisation d’une trentaine de films, Yves Boisset s’est donc appuyer sur le petit écran pour traiter d’autres problèmes qui lui tiennent à cœur :l’antisémitisme dans l’Affaire Seznec, les problèmes au sein de la résistance dans Jean Moulin… Dans cette même veine historique, il travaille aujourd’hui à la réalisation de nouvelles histoires « d’une grande injustice » pendant les deux guerres. Et de montrer « comment des mots peuvent parfois tuer plus sûrement que des balles ».
Marjolaine Moreau