THEME SALON 2005 : Police scientifique dans le polar
Petite Histoire de la police scientifique.

Si aujourd'hui la police technique et scientifique fait partie de notre quotidien, elle demeure une invention moderne, fruit d'un long passé de progrès technologiques mais aussi d'évolution des mœurs et des pratiques judiciaires. Reflet de notre présent ultrasophistiqué, elle est aussi celui des rapports qu'entretiennent Justice, Etat et criminalité dans nos sociétés actuelles. Toujours en mouvement, toujours en débat aussi, ce pan de l'action policière, longtemps resté dans l'ombre de la figure du " gardien de la paix " ou du " fin limier ", nous en dit souvent long sur la place de la vérité et du crime au cours de l'Histoire.
 

Les Signes et l'Aveu


Une Police plus politique que scientifique

Une police technique pour la nouvelle République

Des Brigades du tigres à la Police Judiciaire…

La Science contre le Crime !

Des limiers dans les laboratoires



Les Signes et l'Aveu
Si depuis Adam, l'affaire de la pomme et Caïn, on sait que le crime est aussi vieux que le monde, police et justice ont varié avec le temps et l'enquête fut longtemps dépourvue des soucis d'exactitude qu'on lui connaît aujourd'hui. En Egypte, en Mésopotamie comme dans la majorité des civilisations antiques, la culpabilité est moins affaire de " preuve " que de " signe ". Le crime, bouleversement de l'ordre divin, doit être résolu par une Justice religieuse grâce à la lecture de " messages " envoyés par les Dieux. Bien sûr cela n'empêche tout de même pas, lorsque le crime s'avère être une affaire d'Etat notamment, l'intervention de quelques experts, embaumeurs égyptiens ou médecins grec, mais dans la majorité des cas, la justice est d'abord l'affaire des prêtres.
En Grèce, la procédure et le procès pénal sont basés sur le " combat judiciaire ", débat contradictoire devant déboucher sur un compromis évitant toute querelle future. A Rome, le juge doit interpréter les augures divins pour départager les différentes parties en cause. Et ce n'est que timidement que se développe dans l'Empire romain le recours à une expertise encore tâtonnante, comme pour l'assassinat de César.

L'absence quasi-totale de toute recherche de preuve matérielle dans la résolution des crimes s'expliquerait t'elle par les limites d'une science encore rudimentaire ?
Monsieur de la Reynie Lieutenant de police de Paris sous Louis XIV
 
Pas uniquement. Dans ces sociétés empreintes de religiosité, c'est à la sphère du Sacré, garant de l'Ordre universel perturbé par le délit, de désigner son coupable et sa sentence. Sacré qui est souvent teinté d'irrationnel et de croyances populaires. Ainsi les pratiques du serment religieux ou des ordalies sont présentes partout en Europe du haut moyen-âge, comme les croyances en des phénomènes surnaturels désignant le coupable : tache de naissance, cadavre se remettant à saigner au contact de son assassin ou vêtements de la victime brûlant le criminel qui les enfilerait… Autant de signes que cherche la foule pour confondre le coupable. Mais aucune science, et encore de moins de police…

Car, dans la France du Moyen-âge, à l'éclatement du pouvoir exécutif entre féodaux correspond un éclatement du pouvoir judiciaire. Chaque comte, duc ou évêque a les pleins pouvoirs sur ses terres et la poursuite des crimes et des délits est alors considérée comme un travail de maintien de l'ordre comme les autres, ne nécessitant pas un corps spécifique. Et lorsqu'une affaire criminelle arrive devant les tribunaux, ceux-ci privilégient quasi exclusivement l'aveu, la " Reine des Preuves ", souvent extorqué sous la torture.

Une Police plus politique que scientifique.
C'est sous Louis XIV seulement, en 1667 plus précisément, qu'un édit royal crée un corps de police indépendant, séparant enfin l'institution judiciaire et l'administration policière. Il sera placé sous les ordres de La Reynie qui mènera d'ailleurs l'une des premières " enquêtes " de notre histoire nationale, au cœur de la haute société de l'époque : l'affaire des " empoisonneuses " de Versailles. La Police sera très vite un vecteur de rationalisation des enquêtes face aux relents de surnaturel encore très présents à cette période. Mais si la naissance d'une " police scientifique " peut être fixée à l'année 1786, avec l'affaire Richardson, en Ecosse, où un criminel fut confondu grâce au moulage des empreintes de ses pas, les choses sont bien loin de progresser aussi vite en France qu'au Royaume-Uni.

Dans notre pays, la police est moins une police d'enquêteurs qu'une police d'indicateurs. Car, il ne faut pas s'y tromper, si le Royaume de France est une monarchie absolue, sa police n'est pas pléthorique.
En 1789, la maréchaussée, l'ancêtre de notre Gendarmerie actuelle est forte d'à peine 4100 hommes pour une population française de 25 millions d'âmes, contre près de 105 000 gendarmes aujourd'hui.
 
Et ces forces de l'ordre portent en priorité leurs efforts sur les crimes contre l'Etat : troubles à l'ordre public, délits d'opinion mais aussi blasphèmes et sorcellerie pour une monarchie qui se veut d'abord " religieuse ". D'autant que peu d'affaires arrivent jusqu'aux tribunaux, la société de l'Ancien Régime préférant régler ses différents sans avoir affaire à la Justice.

Cette tendance va perdurer sous la Révolution, l'Empire et la Restauration où la Police, notamment sous les ordres du célèbre Fouché, s'intéressera plus à mettre en fiches la population qu'à résoudre les affaires criminelles. Sous Charles X, les crédits alloués à la police criminelle seront même supprimés au profit de la police politique, le budget de celle-ci atteignant, à la chute du Second Empire, plus de 14 millions de francs or.
Fouché, ministre de la police de Napoléon Ier.

Une police technique pour la nouvelle République.
Mais il faut attendre l'avènement de la IIIème République pour voir les forces de l'ordre comprendre les nouvelles possibilités que leur offriraient la science et la technique, alors en pleine évolution.

Désormais républicaine, la police s'intéresse en effet moins à la surveillance de l'opinion publique qu'à la résolution des crimes et délits qui, de la "Zone" aux "faubourgs" font frissonner l'honnête citoyen lisant une presse populaire florissante qui se délecte des règlements de compte entre " Apaches ", comme on appelle
Le petit journal. L'apache, nom donné aux bandits de Paris.
alors nos actuels " sauvageons ", des tristes exploits des ancêtres de nos serial killers et autres " malles sanglantes ".Dans une société politiquement stable, les nouvelles priorités s'orientent désormais vers la répression du crime dont l'impunité, notamment au sein des classes les plus populaires (les célèbres " classes laborieuses, classes dangereuses "), tranche avec le calme relatif qui s'instaure dans l'hexagone. A cette nouvelle criminalité doit répondre une police moderne, utilisant les mêmes armes que ses adversaires et ne se contentant plus de " surveiller " une société civile désormais jalouse de ses libertés individuelles. Mais la Police profite aussi des vertigineuses avancées scientifiques dans une époque qui a perdu tous ses tabous religieux vis-à-vis du corps et de la mort et qui, à l'instar d'Auguste Comte et sa philosophie " positiviste ", croit fermement aux vertus des sciences. Comment pourrait-on imaginer une police judiciaire moderne sans les découvertes en biologie, chimie ou médecine qui se multiplièrent durant ce siècle de savants? Déjà, au début du siècle, un médecin, Mathieu-Joseph Orfila (1787-1835) avait écrit le premier traité de toxicologie, suivi en 1836 par James Marsch qui mit au point le premier appareil de dépistage de l'arsenic dans les tissus humains. On peut aussi citer le français Bergeret qui, le premier, réussit en 1856 à dater la mort d'un individu par l'analyse du stade d'avancement des larves qui s'y installent (science que l'on nommera plus tard l'entomologie judiciaire). Ces avancées techniques et scientifiques qui touchèrent tous les domaines n'épargnèrent pas la police française qui eut, elle aussi, ses inventeurs et savants. En 1871 est créé le laboratoire municipal de chimie, puis en 1881 le laboratoire central de la Préfecture de Police de Paris alors que le professeur Paul Brouardel, entomologiste lui aussi, inaugure la première salle d'autopsie de Paris.
Et c'est un même souci d'exactitude et de performance qui poussa un an plus tard, le modeste Alphonse Bertillon, obscur employé de la Préfecture de Police, à proposer un système permettant d'optimiser les cinq millions de fiches possédées par la Préfecture de police. Son système d'identification anthropométrique, mieux connu sous le nom de " Bertillonnage ", repose sur la mesure de
Alphonse Bertillon (1853-1914) Fondateur de l'identité judiciaire, créateur de la prise de vue anthropométrique, qui vont personnaliser les fiches de la police et les rendre opératoires.
caractéristiques physiques infalsifiables propres à chaque individu (taille, longueur de l'avant-bras, taille de l'oreille ou de l'auriculaire…) ainsi que, à partir de 1888, le désormais célèbre portrait de face et de profil. Quoique fastidieux et déjà accusé de " vexatoire ", le système acquiert un succès fulgurant pour démasquer les récidivistes notamment. En 1893, devenu chef du Service d'Identité Judiciaire, il est le premier à amener la photographie sur le terrain (pour garder une trace des circonstances des crimes) et son système d'identification est même exporté aux Etats-Unis.
 
Mais déjà apparaît la " dactyloscopie ", le relevé des empreintes digitales, grâce à l'anglais William J. Herschel qui l'inventa en 1880. Cette méthode, la plus sûre pour identifier chaque individu, arrive en France en 1896, après quelques hésitations… " Cocardières " de Bertillon lui-même. Pourtant, dès 1902, une première enquête est résolue grâce à ce procédé : c'est par ses empreintes qu'un prénommé Henri Lemoine, voleur récidiviste, est confondu pour le meurtre d'un domestique lors d'un " casse " rue du faubourg Saint-Honoré. Après cette première affaire, l'empreinte digitale, désormais reconnue officiellement, détrône l'aveu comme " Reine des Preuves ".

D'autant qu'au tournant du XIXe et XX siècle, une nouvelle violence se fait jour, attentats politiques, catastrophes industrielles ou criminalité organisée : autant de nouveaux défis pour la police et ses enquêteurs. Ainsi, les actions anarchistes qui se dérouleront tout au long de la dernière décennie du siècle, comme les méfaits de Ravachol, l'attentat à la bombe contre la Chambre des députés en 1893, l'assassinat du Président Sadi Carnot en 1894 ou la tentative contre l'un de ses successeurs en 1905, vont pousser les enquêteurs à s'intéresser à l'analyse des produits explosifs pour mieux confondre les coupables. Et c'est pour identifier les 120 victimes du terrifiant incendie du Bazar de la Charité, survenue le 4 mai 1897 que les autorités utilisèrent pour la première fois l'analyse maxillo-dentaire, consistant à reconnaître l'individu grâce à la forme de sa mâchoire et à ses possibles prothèses dentaires.
De même, pour répondre à la montée en puissance du crime organisé, symbolisé par les " bandits d'Hazebrouck ", pillant bourgs et fermes isolés du Nord de la France en 1904, les " chauffeurs de la Drôme " faisant 18 victimes des 1905 à 1908 et surtout par la sanglante épopée de la " Bande à Bonnot " de Décembre 1911 à Mai 1912, la police française va tenter de rationaliser ses procédures et ses enquêtes. Un institut de criminologie est ouvert en collaboration avec l'Université de Paris, tout comme un service de la dactyloscopie en 1903. En 1907 est créé le " bulletin hebdomadaire de police criminelle ", document à diffusion nationale recensant les signalements de toutes les personnes recherchées.
La bande à Bonnot qui s'illustre ici en 1912 à l'époque les journalistes les dénomment " la bande des voleurs d'automobiles "

Ces avancées techniques et scientifiques vont de pair avec une réorganisation de la Police dont l'emblème sera, toujours en 1907, les " Brigades du Tigre ", douze premières " Brigades Mobiles de Police Judiciaire ", ancêtres de notre actuelle P.J., nommées ainsi en référence à leur créateur, le Ministre de l'Intérieur Georges Clemenceau. Pouvant intervenir sur l'ensemble du territoire, utilisant les techniques les plus modernes, comme la moto ou l'automobile, celle de Paris s'installera au célèbre 36, Quai des Orfèvres, dans les locaux même du Tribunal de Paris, entendant ainsi concrétiser ses rapports avec la Justice plus qu'avec le maintien de l'ordre : la police moderne est née.

L'un de ses pionniers et théoricien sera Edmond Locard (1877-1952), créateur à Lyon en 1910 du premier véritable laboratoire de police scientifique, et dont l'ambition affirmée sera de " substituer la preuve matérielle au seul témoignage humain " (dont les limites sont désormais reconnues par tous) par " l'analyse systématique des traces laissées par le coupable ". L'homme est ainsi à l'origine de la formule dite " échange de Locard ", principe qui veut que tout individu lié à une action criminelle dépose et emporte à son insu sur le lieu du crime des traces de son action. Tout est dit et le métier d'enquêteur vient de vivre sa révolution copernicienne…

Des Brigades du tigres à la Police Judiciaire…
Désormais, les efforts de la police vont donc se porter sur la traque de ces preuves, toujours plus loin dans les détails, dans l'exactitude.

Pour cela, les autorités vont pouvoir compter sur un allié de taille : la science et ses extraordinaires progrès durant tout ce siècle. Mais encore faut-il adapter les forces de l'ordre à cette nouvelle fonction, rationaliser l'organisation de ce Léviathan encore archaïque au tournant du XXe siècle et constituer, de toute pièce, une administration spécialisée dans la recherche scientifique et technique de ces preuves matérielles. Encore une fois la montée en puissance de la science dans la police va recouper son histoire administrative. Car cette réorganisation ne va pas se faire en un jour mais naviguer entre concurrence entre fonctionnaires, aléas politiques et prise de conscience de l'opinion publique de la nécessité d'avoir recours à la science pour éviter les erreurs judiciaires comme lors de l'affaire Landru au lendemain de la Grande Guerre, qui défraya la chronique et acquit très vite une réputation plus que sulfureuse en raison du mystère entourant ce
" serial killer " avant la lettre qui s'est toujours refusé à tout aveu, mais aussi au soupçon de manipulation colporté par certains médias accusant l'Etat d'avoir "inventé " l'affaire Landru pour oublier les horreurs de la Guerre "! Définitivement, face aux atrocités guerrières, la France en paix exige une justice la plus sûre possible et considère l'exactitude judiciaire comme l'un des critères essentiels du progrès de notre société. Les émois populaires suscités par les grandes polémiques autour du procès Seznec ou Dominici en sont la preuve.
Le 36 quai des Orfèvres, siège de la PJ
 
Désormais les aveux, le mobile ou les témoignages, sans parler de l'intime conviction, ne sont plus considérés comme suffisants pour constituer une Justice acceptable. La technique et la science prennent donc doucement, dans l'entre deux guerres, toujours un peu plus de place dans l'enquête judiciaire : des laboratoires de police scientifique, prenant exemple sur celui déjà existant à Lyon, voient le jour à Marseille en 1927, Lille en 1932 ou à Toulouse, en 1938.

Le travail au labo de la PJ (années 70)
Pourtant, c'est sous le régime de Vichy que la PJ telle que nous la connaissons aujourd'hui va apparaître avec la création par l'administration pétainiste de la Police nationale avec en son sein les Services Régionaux de Police Judiciaire (les S.R.P.J.) et, en novembre 1943, le Service de la Police technique. Si les motivations de l'époque sont évidentes - une meilleure surveillance du territoire et de la population, un outil performant pour appliquer les lois répressives, mais aussi la sauvegarde d'un simulacre d'indépendance d'un pays occupé et coupé en deux- la PJ va, dès l'immédiat après guerre, remporter ses premières lettres de noblesse grâce à quelques enquêtes (l'arrestation d'Emile Buisson " l'insaisissable " ou la résolution rapide du " vol du siècle " des bijoux de la Bégum) montrant une police à la pointe de la technologie et dont le " sérieux " des enquêteurs tranche avec la réputation " ambiguë " de leurs aînés d'avant guerre tels le commissaire Bonny, " meilleur flic de France ", trempant dans l'affaire Stavisky et qui finit exécuté à la Libération pour avoir dirigé la funeste " Gestapo française ".

La Science contre le Crime !
Dans un pays en reconstruction, les policiers entendent bien se servir pleinement des avancées techniques dans leur métier d'enquêteurs. Et là encore, l'innovation va venir des fonctionnaires eux-mêmes, comme le commissaire Chabot qui à Lyon, la ville d'Edmond Locard, va mettre au point le portrait robot dans les années 50 ou René Canonge, un flic lui aussi, qui invente un système de fiches à entrées multiples qui sera progressivement adopté dans la France entière sous le nom de " fichier Canonge ". Puis c'est à Paris qu'apparaît la première automatisation des fiches à empreintes digitales par la méthode du " corrélateur optique " en 1968…. 1968 justement, année peu glorieuse pour une police qui focalise toutes les colères des étudiants comme des ouvriers, des intellectuels comme des syndicalistes, tous à la recherche d'une bouffée d'oxygène. La réputation des forces de l'ordre va en effet être bien malmenée, avec plus ou moins de raison, en ces années éprises de liberté : affaire Ben Barka, mort de Mesrine ou mystérieux groupe terroriste " Honneur de la Police "…
La police a alors bien mauvaise presse et ses méthodes musclées lui valent une réputation de " chiens de garde du pouvoir " avant tout. Aussi, lorsque la gauche arrive au pouvoir et que le nouveau ministre de l'intérieur, Pierre Joxe, va vouloir réformer l'institution, il va tout naturellement s'adosser à la police technique et scientifique qu'il va réorganiser en profondeur à la suite d'un rapport alarmant remis au Ministre en 1985 sur les nombreuses carences en ce domaine. Le ministre va jusqu'à affirmer que " la police scientifique sera le fer de lance de la modernisation de la police ". En 1987, un décret ministériel instaure le FAED, Fichier Automatisé des Empreintes Digitales, commun à la police et à la gendarmerie et qui comporte aujourd'hui plus de 1,6 million d'empreintes digitales. Alors qu'au Royaume-Uni, l'Université de Leicester commence à décrypter l'empreinte génétique, ce patrimoine unique à chacun de nous, près de 100 ans après Bertillon, l'importance primordiale de la procédure scientifique dans la résolution des crimes est enfin reconnue en France !

Des limiers dans les laboratoires.
D'autant que la France a quelque retard à rattraper dans ce domaine. En 1995, une police technique de proximité est mise en place pour offrir une première analyse le plus rapidement possible grâce à un réseau départemental. Devenue d'ailleurs une sous-direction à part entière, la police technique et scientifique est délocalisée l'année suivante à Ecully, dans la banlieue lyonnaise, la ville d'Edmond Locard et du commissaire Chabot.

La police scientifique sur une scène de crime, ici un braquage de fourgon blindé.
Entité autonome, elle regroupe les services de la documentation criminelle et de l'identité judiciaire ainsi que le laboratoire central de la police, en collaboration avec la Gendarmerie et son Institut de Recherche Criminel, l'IRCGN.
La police technique et scientifique (ou PTS)
, puisque c'est désormais son nom, va donc se voir attribuer deux missions : prendre en charge les aspects " techniques " liés aux différentes enquêtes criminelles (recueil des différentes empreintes, médecine légale, entomologie, balistique…) tout en gérant les différents fichiers désormais automatisés et informatisés.

Au sein de la Sous-Direction, ce dernier travail est celui du service Central de la Documentation Criminelle qui réunit autant les Fichiers des personnes recherchées et des véhicules volés que le Système de Traitement des Infractions Constatées (S.T.I.C.) rassemblant l'ensemble des informations recueillies sur les infractions encore en procédure (leurs circonstances, les modes opératoires, les personnes victimes et mises en cause et les objets apparaissant au cours de l'enquête…), le fichier des enquêtes élucidées et le descendant des fichiers Canonge pour les signalements et les photographies des personnes mises en cause. Le service central de l'identité judiciaire (S.C.I.J.), fort de plus de 1200 agents, gère le FAED, le fichier automatisé des empreintes digitales, base de données commune aux services de police et de gendarmerie recueillant les empreintes de plus de 1 700 000 personnes mises en cause pour des crimes et délits. Ce service dispose de plus d'une unité d'intervention pour effectuer des relevés d'empreintes sur les lieux des crimes ainsi que d'une équipe spécialisée dans l'identification des victimes de catastrophe, à l'image de la Gendarmerie nationale.

Pour le recueil et l'analyse scientifique des différentes preuves matérielles utiles à l'enquête, la PTS, via son service central des laboratoires, disposent de 5 laboratoires, implantés à Paris, Lyon, Lille, Marseille et Toulouse tout en gérant le nouveau Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (le FNAEG) créé en 2000. A côté de ces laboratoires, a été instauré en 2001 un service de l'informatique et des traces technologiques (SITT) spécialisé dans les travaux techniques de l'enquête comme l'analyse des enregistrements audio, des cartes à puces et téléphones portables, des images et des supports informatiques. Chaque SRPJ comprend en outre une équipe de ce type.

Aujourd'hui, la Police doit donc suivre au plus près les avancées techniques et scientifiques pour les exploiter au mieux dans les enquêtes. Ces dernières années de nouvelles pistes sont donc apparues parallèlement aux pratiques traditionnelles que sont la balistique (qui permet de connaître le type d'arme utilisée grâce à l'analyse des douilles et des balles mais aussi de connaître l'angle de tir ou si la victime a été tuée à bout portant), la médecine légale ou l'entomologie.
On peut citer l'odorologie, permettant d'identifier les suspects grâce à leur odeur corporelle ou le " profiling ", importé récemment des Etats-Unis (où il date des années 40) consistant à cerner le profil psychologique des assassins afin d'orienter l'enquête sur tel ou tel suspect. Mais la révolution de ces dernières années reste l'empreinte génétique qui est en passe de supplanter l'empreinte digitale comme preuve de référence. Infalsifiable et propre à chaque individu, l'empreinte génétique, la " carte " de notre ADN en quelque sorte, peut être réalisée à partir de n'importe quel échantillon de l'individu : sang, bien sûr, mais aussi lambeaux de peau, cheveux ou salive…
Visualisation d'une séquence ADN
Pouvant se conserver plus d'une centaine d'année elle permet d'identifier n'importe quel individu sans marge d'erreur. On comprend dès lors pourquoi les criminalistes considèrent sa découverte comme un événement aussi fondamental que celui des empreintes digitales, voire même plus. L'utilisation des empreintes ADN a même permis de rouvrir -et de résoudre - des enquêtes classées sans suite, vieilles parfois de plusieurs dizaines d'années, en recueillant lesdites empreintes sur l'arme du crime par exemple.
Mais par sa fiabilité exemplaire, on pense déjà à utiliser l'empreinte ADN dans les futurs projets de cartes d'identité sécurisées auxquels aspirent nombre de gouvernements occidentaux…

Pourtant, le constant perfectionnement des techniques policières pose la nécessaire question éthique de son utilisation. Vieille question apparue dès Bertillon et son fichier anthropométrique mais qui réapparaît avec une acuité toute particulière à l'heure du FNAEG et des projets futurs de carte d'identité biométrique. Débat constant entre exigence de résultat et protection de la vie privée.
Identification informatique d'un crane
Outil de justice, arme contre l'arbitraire, la science peut aussi se retourner contre nos libertés individuelles en menaçant notre droit à l'anonymat. La preuve, même la plus scientifique, doit rester une preuve et ne constitue en aucun cas la culpabilité. La preuve ne juge pas et ne se suffit pas en elle-même, et ne doit nullement passer outre le débat contradictoire, base de tout jugement équitable. Penser que de la science sort une vérité unique, c'est aller à l'encontre de tout raisonnement…scientifique….
Nathanaël TRIBONDEAU