Mais
il faut attendre l'avènement de la IIIème République pour voir
les forces de l'ordre comprendre les nouvelles possibilités
que leur offriraient la science et la technique, alors en pleine
évolution.
Désormais républicaine, la police s'intéresse en effet moins
à la surveillance de l'opinion publique qu'à la résolution des
crimes et délits qui, de la "Zone" aux "faubourgs" font
frissonner l'honnête citoyen lisant une presse populaire florissante
qui se délecte des règlements de compte entre " Apaches ",
comme on appelle |
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Le petit journal. L'apache,
nom donné aux bandits de Paris.
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alors nos actuels " sauvageons ", des tristes exploits des ancêtres
de nos serial killers et autres " malles sanglantes ".Dans une
société politiquement stable, les nouvelles priorités s'orientent
désormais vers la répression du crime dont l'impunité, notamment
au sein des classes les plus populaires (les célèbres " classes
laborieuses, classes dangereuses "), tranche avec le calme relatif
qui s'instaure dans l'hexagone. A cette nouvelle criminalité
doit répondre une police moderne, utilisant les mêmes armes
que ses adversaires et ne se contentant plus de " surveiller
" une société civile désormais jalouse de ses libertés individuelles.
Mais la Police profite aussi des vertigineuses avancées scientifiques
dans une époque qui a perdu tous ses tabous religieux vis-à-vis
du corps et de la mort et qui, à l'instar d'Auguste Comte
et sa philosophie " positiviste ", croit fermement aux
vertus des sciences. Comment pourrait-on imaginer une police
judiciaire moderne sans les découvertes en biologie, chimie
ou médecine qui se multiplièrent durant ce siècle de savants?
Déjà, au début du siècle, un médecin, Mathieu-Joseph Orfila
(1787-1835) avait écrit le premier traité de toxicologie,
suivi en 1836 par James Marsch qui mit au point le premier
appareil de dépistage de l'arsenic dans les tissus humains.
On peut aussi citer le français Bergeret qui, le premier,
réussit en 1856 à dater la mort d'un individu par l'analyse
du stade d'avancement des larves qui s'y installent (science
que l'on nommera plus tard l'entomologie judiciaire).
Ces avancées techniques et scientifiques qui touchèrent tous
les domaines n'épargnèrent pas la police française qui eut,
elle aussi, ses inventeurs et savants. En 1871 est créé le laboratoire
municipal de chimie, puis en 1881 le laboratoire central de
la Préfecture de Police de Paris alors que le professeur Paul
Brouardel, entomologiste lui aussi, inaugure la première
salle d'autopsie de Paris. |
Et c'est un même souci d'exactitude et de performance qui poussa
un an plus tard, le modeste Alphonse Bertillon, obscur
employé de la Préfecture de Police, à proposer un système permettant
d'optimiser les cinq millions de fiches possédées par
la Préfecture de police. Son système d'identification anthropométrique,
mieux connu sous le nom de " Bertillonnage ", repose sur la
mesure de
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Alphonse
Bertillon (1853-1914) Fondateur de l'identité
judiciaire, créateur de la prise de vue anthropométrique,
qui vont personnaliser les fiches de la police
et les rendre opératoires.
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caractéristiques physiques infalsifiables propres à chaque individu
(taille, longueur de l'avant-bras, taille de l'oreille ou de
l'auriculaire…) ainsi que, à partir de 1888, le désormais célèbre
portrait de face et de profil. Quoique fastidieux et déjà accusé
de " vexatoire ", le système acquiert un succès fulgurant pour
démasquer les récidivistes notamment. En 1893, devenu chef du
Service d'Identité Judiciaire, il est le premier à amener la
photographie sur le terrain (pour garder une trace des circonstances
des crimes) et son système d'identification est même exporté
aux Etats-Unis. |
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Mais
déjà apparaît la " dactyloscopie ", le relevé des empreintes
digitales, grâce à l'anglais William J. Herschel qui
l'inventa en 1880. Cette méthode, la plus sûre pour identifier
chaque individu, arrive en France en 1896, après quelques hésitations…
" Cocardières " de Bertillon lui-même. Pourtant, dès 1902, une
première enquête est résolue grâce à ce procédé : c'est par
ses empreintes qu'un prénommé Henri Lemoine, voleur récidiviste,
est confondu pour le meurtre d'un domestique lors d'un " casse
" rue du faubourg Saint-Honoré. Après cette première affaire,
l'empreinte digitale, désormais reconnue officiellement,
détrône l'aveu comme " Reine des Preuves ".
D'autant qu'au tournant du XIXe et XX siècle, une nouvelle violence
se fait jour, attentats politiques, catastrophes industrielles
ou criminalité organisée : autant de nouveaux défis pour la
police et ses enquêteurs. Ainsi, les actions anarchistes qui
se dérouleront tout au long de la dernière décennie du siècle,
comme les méfaits de Ravachol, l'attentat à la bombe contre
la Chambre des députés en 1893, l'assassinat du Président Sadi
Carnot en 1894 ou la tentative contre l'un de ses successeurs
en 1905, vont pousser les enquêteurs à s'intéresser à l'analyse
des produits explosifs pour mieux confondre les coupables. Et
c'est pour identifier les 120 victimes du terrifiant incendie
du Bazar de la Charité, survenue le 4 mai 1897 que les autorités
utilisèrent pour la première fois l'analyse maxillo-dentaire,
consistant à reconnaître l'individu grâce à la forme de sa mâchoire
et à ses possibles prothèses dentaires. |
| De
même, pour répondre à la montée en puissance du crime organisé,
symbolisé par les " bandits d'Hazebrouck ", pillant bourgs et
fermes isolés du Nord de la France en 1904, les " chauffeurs
de la Drôme " faisant 18 victimes des 1905 à 1908 et surtout
par la sanglante épopée de la " Bande à Bonnot " de Décembre
1911 à Mai 1912, la police française va tenter de rationaliser
ses procédures et ses enquêtes. Un institut de criminologie
est ouvert en collaboration avec l'Université de Paris, tout
comme un service de la dactyloscopie en 1903. En 1907
est créé le " bulletin hebdomadaire de police criminelle ",
document à diffusion nationale recensant les signalements de
toutes les personnes recherchées. |
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La
bande à Bonnot qui s'illustre ici en 1912 à l'époque
les journalistes les dénomment " la bande des
voleurs d'automobiles "
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Ces avancées techniques et scientifiques vont de pair avec une
réorganisation de la Police dont l'emblème sera, toujours en
1907, les " Brigades du Tigre ", douze premières "
Brigades Mobiles de Police Judiciaire ", ancêtres de notre
actuelle P.J., nommées ainsi en référence à leur créateur, le
Ministre de l'Intérieur Georges Clemenceau. Pouvant intervenir
sur l'ensemble du territoire, utilisant les techniques les plus
modernes, comme la moto ou l'automobile, celle de Paris s'installera
au célèbre 36, Quai des Orfèvres, dans les locaux même
du Tribunal de Paris, entendant ainsi concrétiser ses rapports
avec la Justice plus qu'avec le maintien de l'ordre : la police
moderne est née.
L'un de ses pionniers et théoricien sera Edmond Locard
(1877-1952), créateur à Lyon en 1910 du premier véritable
laboratoire de police scientifique, et dont l'ambition affirmée
sera de " substituer la preuve matérielle au seul témoignage
humain " (dont les limites sont désormais reconnues par tous)
par " l'analyse systématique des traces laissées par le coupable
". L'homme est ainsi à l'origine de la formule dite " échange
de Locard ", principe qui veut que tout individu lié à une
action criminelle dépose et emporte à son insu sur le lieu du
crime des traces de son action. Tout est dit et le métier d'enquêteur
vient de vivre sa révolution copernicienne… |
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