| L'Inquisition,
première " Justice " moderne. |
Peu d'institutions
ont aussi mauvaise réputation dans les esprits que l'Inquisition,
souvent vue comme une sinistre pratique obscurantiste symbolisée par
la figure de Torquemada ou du funeste Bernardo Gui mis en scène dans
Le Nom de la Rose, le brillant polar historique d'Umberco Eco. Pourtant,
cette institution est à l'origine d'une des bases de notre Justice
moderne…
Créée par le pape Grégoire IX en l'an de grâce 1231, l'Inquisition
est une juridiction compétente pour tout ce qui concerne la défense
de la foi et instaure des tribunaux spéciaux partout où on retrouve
des mouvements hérétiques défiant l'autorité du Pape, nombreux à l'époque.
S'attaquant initialement aux mouvements cathare et vaudois, l'Inquisition
va peu à peu s'installer sur le territoire français pour poursuivre
ceux qui s'éloigneraient de la " vraie foi " : libres penseurs, sorciers
ou blasphémateurs.
De plus, le tribunal inquisitorial possède une administration enviée
de bien des seigneurs de l'époque : un siège fixe et tout le personnel
nécessaire : geôliers, greffiers, notaires et clercs assistants… L'on
recourt massivement aux témoins qui doivent jurer de révéler tout
ce qu'ils savent sur l'hérésie. De même, c'est l'Inquisition qui va,
la première, instituer l'emprisonnement, parfois à vie, comme une
peine à côté des classiques sévices corporels.
Mais l'Inquisition va surtout se différencier des tribunaux traditionnels
par sa procédure spécifique, appelée " procédure inquisitoriale "
qui permet de poursuivre toute personne sans qu'il y ait nécessairement
dépôt d'une plainte par un individu.
Et si, dès le XIVe siècle l'Inquisition commence à décliner pour disparaître
au cours du XVIIe siècle (sauf en Espagne où elle est placée sous
l'autorité du souverain) son nom restera présent jusqu'à dans nos
manuels de droit avec la " procédure inquisitoriale " encore en vigueur
aujourd'hui.
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| De
la mouche au mouchard. |
Dans un Royaume quasiment dépourvu de Police, alors que les maigres
moyens de celle-ci ne lui permettent pas un quadrillage efficace du
territoire, la pratique de la dénonciation et de la délation devient
systématique. Les forces de l'ordre font même usage d'indicateurs
" professionnels ", voyous et criminels arrondissant leur fin de mois
par la dénonciation de leurs collègues. L'un des plus célèbres de
ces individus, un dénommé Mouchy, qui s'était fait comme spécialité
de dénoncer les protestants lors des guerres de religions, passera
à la postérité et donnera son nom à cette pratique.
Devenu " mouchard ", l'indicateur reste encore aujourd'hui une figure
classique de la mythologie policière.
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| A
la recherche du Criminel né ! |
La
croyance absolue dans les vertus de la Science des hommes du
XIXe siècle, si avides de " vérités, a parfois engendré de dangereux
excès comme les théories prétendant déceler les criminels en
puissance pour mieux en épargner la société. Parmi ces doctrines
plus ou moins fantaisistes on peut citer celles s'inspirant
de la " craniologie ", science dite de l'étude des " bosses
du crânes " (sic), ou encore les théories ambiguës de Cesare
Lombroso, savant italien pensant trouver dans l'étude de la
" physiognomie " et du faciès, les " stigmates du criminel ".
Dans son livre, "L'Uomo delinquente ", ce directeur de l'hôpital
psychiatrique de Pesaro affirme que l'instinct criminel est
une " maladie héréditaire " que l'on peut toutefois reconnaître
à des caractéristiques psychologiques et anatomiques.
Autant de théories heureusement combattues par des juristes
ou sociologues, avec par exemple, en France, Gabriel de Tarde,
juge d'instruction, pour qui le crime est un comportement avant
tout social poussé par des " penchants naturels " qui existent
en chacun de nous. Mais aussi le célèbre Alexandre Lacassagne
(1843-1924), pionnier de la médecine légale et qui après avoir
été l'élève de Lombroso, devint l'un des fondateurs de la criminalistique
(appelé aussi " criminologie ") qui affirme la prépondérance
de l'acquis sur l'inné dans l'acte criminel et entend résoudre
les enquêtes par l'utilisation de techniques scientifiques.
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Alexandre
LACASSAGNE (1905) Le médecin lyonnais a développé le
rôle de la médecine légale
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| La
Carte Biométrique : progrès ou danger ? |
Au centre des débats actuels entre sécurité et droits
individuels, les différents projets de carte d'identité biométrique
font couler beaucoup d'encre dans les pays qui comptent s'y convertir.
En Belgique, déjà plusieurs centaines de milliers de citoyens possèdent
cette " eID " qui comporte, outre le nom, le prénom, le sexe, l'adresse
ainsi que le lieu et date de naissance de son détenteur, un certificat
d'authenticité électronique permettant d'accéder à des données confidentielles
ou de " signer " certains documents (le gouvernement belge étudie
avec l'éditeur de logiciel Adobe un système permettant d'envoyer électroniquement
certains documents officiels cryptés qui ne pourrait être lu que par
la personne concernée). En France, le projet se nomme INES, pour "
Identité Nationale Electronique Sécurisée ", dont l'introduction est
prévue pour 2006 et qui comportera des informations biométriques permettant
d'identifier son détenteur : empreintes digitales et photo d'identité
dans un premier temps, à quoi s'ajouterait probablement à l'avenir
l'iris de l'œil. Système étendu aux passeports, permis de séjour ou
carte de séjour. Si la carte d'identité biométrique apparaît dans
un premier temps comme une bonne idée, elle pose des questions éthiques
qui méritent un vrai débat démocratique. En terme de confidentialité
tout d'abord : aussi sécurisée soit-elle, ne peut-on pas craindre
que des individus -voire des organismes- mal intentionnés tentent
d'avoir accès à des informations précieuses, pour une utilisation
commerciale par exemple. Question d'autant plus pertinente pour INES
qui, dans les derniers projets devrait pouvoir être lu à distance.
Dès lors, n'y a-t-il pas risque d'intrusion intempestive dans notre
vie privée ? Sans parler encore de " Big Brother ", il apparaît clairement
que pour être transparente, cette mesure doit être accompagnée d'un
renforcement des garanties de la vie privée, via un renforcement de
la CNIL, la Commission Nationale Informatique et Liberté par exemple…
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