Louis XVII : le Roi et l'ADN

C'est le 19 avril 2000 que la nouvelle tombe : l'enfant mort le 8 juin 1795 de tuberculose dans sa prison du Châtelet était bien l'héritier de la couronne de France. L'analyse ADN de son cœur, momifié, comparé à celui de Marie-Antoinette est formelle… La science met ainsi un terme à plus de 200 ans de rumeurs autour du véritable sort qu'aurait connu le fils de Louis XVI, donnant naissance à autant de légendes que d'imposteurs, à commencer par le plus célèbres d'entre-eux, un horloger Prussien prénommé Charles Naundorff qui a toute sa vie revendiqué le trône de France et dont les descendants, installés aux Pays-Bas, ont même reçu l'autorisation de porter le nom de Bourbon. Mais on retrouve aussi un prétendu Louis XVII à Haïti, en Auvergne ou sous les traits de Louis-Pierre Louvel, qui en 1820 assassina le duc de Berry… En tout, on comptabilisa une centaine de Dauphins autoproclamés, et autant de prétendants à la succession de Louis XVI ! Deux siècles après les faits, les progrès effectués en médecine légale ont ainsi pu clore un débat qui, s'il n'avait plus l'importance politique d'alors, n'en demeurait pas moins un sujet encore prisé des polémistes….
NT

La Reine des empoisonneuses.

16 juillet 1676, Marie Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers est exécutée sur la place de grève. Vêtue de la seule chemise du condamné, elle meurt décapitée, "privilège " réservé alors à la noblesse. Voilà comment termina celle qui aurait pu être la digne héroïne d'un roman de Sade et qui fut à l'origine d'une des premières enquêtes scientifiques de notre histoire nationale. C'est pour se venger de son père, qui a fait embastiller son amant, Gaudin de Sainte Croix, que la " La Brinvilliers ", initiée par ce dernier à l'art encore empreint d'alchimie des poisons, assassine celui-ci grâce aux mélanges qu'elle a déjà essayés sur de malchanceux malades des hôpitaux. Pour ne pas éveiller l'attention, la marquise va empoisonner sa victime par petites doses, avec l'aide d'un laquais de son amant, mettant plus de huit mois à assassiner son propre géniteur, faisant ainsi preuve d'une effroyable constance qui inspira ces mots à Madame de Sévigné : " Les plus grands crimes sont une bagatelle en comparaison d'être huit mois à tuer son père ". Et l'empoisonneuse ne s'arrête pas là : brûlant l'héritage entre fêtes et amants, elle empoisonne à leur tour, ses deux frères, devenus trop gênants. C'est là que les premiers soupçons se font jour lors d'une autopsie relevant des signes suspects. Mais, la route sanglante de La Brinvilliers continue : elle tente d'assassiner sa fille et son mari, qui en réchappe de justesse grâce à l'intervention…. de Gaudin de Sainte Croix, l'amant, qui lui inocule un contre poisson. Mais, tout bascule pour l'empoisonneuse en 1672 lorsque, suite à la mort mystérieuse de Sainte Croix, les autorités découvre les preuves de la culpabilité du couple illégitime : des fioles que l'on teste sur des animaux qui meurent instantanément et une lettre dénonciatrice de l'amant envers sa maîtresse. Malgré ses relations, qu'elle essaie de faire jouer, la marquise s'enfuit hors du Royaume, poursuivie par une Police convaincue de sa culpabilité depuis que son valet et complice, tentant de récupérer les preuves compromettantes, est arrêté, condamné pour empoisonnement et exécuté après avoir dénoncé sa patronne sous la torture. De Londres à la Picardie, en passant par les Pays-Bas, c'est une traque internationale digne des thrillers contemporains qui s'engage. Et c'est dans un couvent où elle a trouvé refuge qu'elle est finalement arrêtée et ramenée à Paris pour un procès qui restera dans les annales : après plusieurs tentatives de suicide, elle nie en bloc lors de l'audience puis, condamnée à la peine capitale, elle avoue tout et se repent devant l'abbé Pirot qui dira d'elle qu'il était en face d'une " Sainte ". Par sa figure trouble de libertine rouge et les rumeurs de débauches qui l'entourent, la Brinvilliers restera comme l'un des symboles de cette légende noire autour d'une aristocratie dont les frasques guindées de Versailles cachent la décadence tant intellectuelle que morale. Figure sadienne par excellence, son aventure préfigure le " roman noir " qui éclatera une centaine d'année plus tard.
NT


La Science contre le Roi du Crime

Il est à la fois le plus connu et le plus mystérieux, le plus célèbre bien que son " palmarès " soit bien plus modeste que celui de ses descendants américains. Jack L'Eventreur, s'il est un criminel finalement bien modeste, reste l'un des héros du mal les plus en vue. Car, maintenant qu'il ne peut plus nous atteindre (et ne risque plus de venir nous faire payer, très cher, notre irrévérence), on peut bien avouer que cet inconnu n'est pas le roi du crime qu'on a voulu nous faire croire. Tout d'abord, n'assassiner que cinq victimes, et des prostituées de Whitechapel qui plus est, n'est pas très glorieux face aux recordmen de la catégories tel Ted Bundy et sa trentaine de victimes, Randy Craft et sa quarantaine, Donald Harvey qu'on soupçonne de plus de 80 meurtres et autres Lynn Orvin qui dépasse la centaine. De plus, il ne montre pas une imagination débordante, loin du truculent Gilles de Rais, du Vampire de Düsseldorf ou du sinistre Ed Gein dont s'inspira Hitchcock. Cet homme n'a donc rien inventé, jusqu'à son nom même, " Jack The Ripper ", géniale trouvaille d'un journaliste qui écrivit les célèbres lettres sanglantes de l'assassin pour faire monter les tirages du Star, son journal. Pourquoi donc alors que nombre de " serial killers " bien plus cocasses, qui ont jadis défrayé la chronique, sont désormais, à défaut d'être en prison, dans les oubliettes de l'histoire, celui qu'on nomma bien vite Jack " The Ripper " reste t'il toujours à la mode ? Si ce mystérieux tueur de Whitechapel peut s'enorgueillir d'une si belle postérité, c'est que, très rapidement, quelques littérateurs de talents prirent en main son épopée et surent en faire une légende. Depuis, des dizaines, que dis-je, des centaines de chercheurs de tout poil tentèrent d'éclaircir le mystère, ajoutant à chaque fois un peu de romantisme à l'affaire. Pensez donc à tant de ténébreuses interprétations : Jack l'Eventreur aurait été successivement un médecin sataniste, le célèbre écrivain Lewis Caroll, le médecin personnel de la Reine ou même le Prince de Galles l'héritier du trône et jusqu'au Docteur Watson lui-même ! Et il était impensable que certains de ces enquêteurs n'aient pas invoqué la Science à la rescousse de leurs théories, profitant des lacunes en la matière à l'époque des meurtres, en 1888. A commencer par la romancière Patricia Cornwell, grande habituée des polars scientifiques, qui dans son livre Jack l'Eventreur, affaire classée, paru l'année dernière, pense avoir démasqué le véritable meurtrier sous les traits du peintre impressionniste anglais Walter Sickert grâce aux nouvelles techniques de la police moderne : génétique, graphologie et profiling ! Ce qui est sûr, c'est que très tôt, le mode opératoire de l'assassin poussa les enquêteurs, officiels ou non, à voir en Jack un médecin ou un chirurgien, comme dans From hell avec Johnny Deep et Ian Holm dans le rôle d'un bien inquiétant chirurgien.
NT
 
L'Affaire Vacher : à la poursuite de l'Eventreur du Sud-Est.

Tout commence en septembre 1895 lorsqu'on retrouve dans un petit village du nom de Bugey le corps atrocement mutilé d'un jeune berger de 16 ans. Crime qui met en émoi les habitants qui accusent rapidement un " chemineau " (comme on appelle alors les vagabonds parcourant la campagne à la recherche de quelques travaux ou petites rapines) à la mine patibulaire qui l'on avait vu traîner ses guêtres dans les environs le jour du crime. Mais une battue et quelques rafles ne donnent rien et l'on l'achemine vers une nouvelle affaire non résolue, comme il en existe tant. Le dossier est même classé. Pourtant les crimes continuent, toujours aussi horribles, dans les mêmes régions du Var, de Drôme et d'Ardèche et si la presse comme la population prennent peur, ni la police, ni la justice ne font le lien entre ces différentes affaires, répondant pourtant au même modus operandi. Morcellement administratif, faiblesse des moyens de communication et manque de méthode empêchent les enquêteurs d'établir un quelconque rapport entre les crimes. Pire, à force de rechercher des coupables dans l'environnement des victimes, on multiplie les erreurs judiciaires, semant la zizanie dans les villages alors que l'opinion publique commence à s'émouvoir et à réclamer justice avec toujours plus de véhémence. Mais tout change en 1897 avec l'arrivée à Belley d'un jeune juge d'instruction, Emile Fourquet qui, la première fois, va appliquer une méthodologie moderne dans la résolution des crimes. Alors qu'un nouvel assassina est commis, il décortique chaque meurtre, notant lieux, dates, circonstances, témoignages, type de blessures et devient vite persuadé qu'il s'agit en réalité d'un seul et même meurtrier. Il établit alors le sanglant parcours de l'inconnu et envoie à tous les parquets de France un avis de recherche avec une description physique précise de l'individu. Assez précise en tout cas pour qu'un juge de Tournon, qui a condamné à 3 mois de prison pour tentative de viol un homme, Joseph Vacher, correspondant au signalement de Fourquet, décide de le transférer à Belley. Là, Fourquet présente l'accusé à 15 témoins qui tous le reconnaissent. Mais Vacher nie. Va alors s'engager une joute intellectuelle entre le juge et l'assassin, digne du Silence des agneaux. Finalement, après plusieurs mois d'interrogatoires, Vacher avoue 12 crimes lorsque le magistrat abat la carte maîtresse de son jeu : la correspondance troublante entre son parcours et les lieux des crimes. Jugé, condamné, il est exécuté le 31 décembre 1898. Pourtant, l'affaire Vacher ne s'arrête pas là. Deux questions restent en effet en suspens : le nombre réel des meurtres de " l'égorgeur de Bergers " et celui de son état mental véritable. Au vu du modus operandi de l'assassin, ce n'est pas en effet 11 mais certainement plus d'une cinquantaine de meurtres que le vagabond aurait commis, autant de cas restés impunis en raison de la faiblesse des moyens de l'époque, comme le résume ce constat d'impuissance fait par Fourquet lui-même : " ce qui a perdu Vacher, c'est l'excès du nombre de ses crimes. " En d'autres termes : face à ce type de meurtres, la justice de l'époque ne peut s'attaquer qu'à l'infime partie immergée de l'iceberg ! Mais ce qui fit encore gloser plus longtemps c'est certainement la question de l'état mental de Vacher avec cette angoissante question : qu'est ce qui a pu provoquer chez un homme une telle folie meurtrière. Il est vrai que le condamné n'a pas eu une existence paisible : quatorzième enfant d'une famille paysanne, il étouffe, volontairement ou non, son frère jumeaux alors qu'il est enfant. Intelligent -il sort de l'école sachant parfaitement lire et écrire- il tente de se suicider et d'assassiner un amour malheureux durant son service militaire, se logeant deux balles dans le crâne, cause de sa paralysie faciale, et débute son parcours criminel juste sorti d'asile. Dès lors, les supputations vont aller bon train : l'intéressé explique sa folie par une morsure de chien qui l'aurait enragé. Moins farfelus, certains penchent pour un inceste paternel ou pour un profond sentiment de culpabilité lié à la mort de son frère, comme le suggère Lacassagne ou à une folie à caractère génétique comme le conclura, plus tard, Edmond Locard. Car le débat fait rage : Vacher était t'il réellement pénalement responsable de ses actes ? En tout cas, l'affaire Vacher constitue certainement l'un des tournants de notre histoire criminelle. Paroxysme, elle est aussi l'une des dernières affaires de vagabondage, de violence rurale qui disparaîtront bientôt avec le désenclavement des campagnes et l'urbanisation rapide de la société française. Pointant du doigt les carences de la justice française, elle est aussi l'exemple d'un changement de mentalité de la part des magistrats et policiers comme des tâtonnements d'une justice moderne qui se cherche encore, comme le résume ces propos, qui resteront célèbres du professeur Lacassagne : " si nous nous sommes trompés, c'est certainement de bonne foi " !
NT

Napoléon assassiné au cyanure !!!!

La mort de l'Empereur Napoléon, survenue le 5 mai 1821 à St Hélène, fut certainement l'un des mystères historiques qui fit couler le plus d'encre, déchaîna le plus de passions et stimula le plus de théories plus ou moins farfelues, souvent non dénuées d'arrière-pensées idéologiques ou géopolitiques. Très tôt, la science fut mise à contribution pour cautionner les théories de chercheurs, parfois autoproclamés, autour de cette mort légendaire, romantique et rentable. Officiellement décédé à la suite d'un cancer de l'estomac, cette thèse fut immédiatement contredite par des nostalgiques de l'Empire qui ne pouvaient croire en une mort si " naturelle " concernant un homme qu'il considérait comme " exceptionnel ". Mais la polémique, vite retombée dans l'oubli, rebondit en 1955 lorsqu'un dentiste et toxicologue suédois, Sten Forshufvud affirma avoir décelé, à partir des mémoires du valet de l'Empereur en exil, 28 des 31 symptômes d'un empoisonnement à l'arsenic ! 130 ans après, une véritable " enquête " parallèle va commencer sur le prétendu " meurtre " de Napoléon ! Vont donc se bousculer de nombreuses théories, des plus sérieuses aux plus extravagantes… En 1994, un universitaire français, René Maury imagina un empoisonnement lent, fomenté par le comte général Charles de Montholon, surintendant de l'Empereur, qui aurait régulièrement versé des doses infimes de poison dans le vin du prisonnier, par jalousie envers celui qui était devenu l'amant de son épouse. Napoléon I n'aurait donc pas été assassiné par la perfide Albion mais pour une simple affaire de cœur ? Selon Ben Weider, un autre " historien ", canadien celui-ci, c'est sur ordre du futur Charles X, soucieux de se débarrasser d'un mythe vivant lui faisant ombrage que le comte a commis son crime, accréditant sa théorie par l'étude d'une mèche de cheveux du mort par un laboratoire du FBI en 1995! Thèse récemment validée par une analyse similaire de l'Institut médico-légal de Strasbourg. Mort naturelle ou assassinat, et par qui ? Quelle importance ? Mais ce qui est sûr, c'est que cette récente controverse scientifique nous prouve que les mythes ont la vie dure !
NT