De la lecture à l'écriture : Les P'tits polars de Montigny-lès-Cormeilles.

Depuis 1999, le salon du Polar associe fortement le tissu éducatif local et régional afin de toucher aussi le public jeunesse, élèves et collégiens pour leur faire découvrir les plaisirs de la lecture par la littérature policière. C'est ainsi qu'après plus de cent cinquante rencontres avec une cinquantaine d'auteurs jeunesse, l'idée est venue de faire passer les élèves ignymontains de " l'autre côté du miroir ". Les p'tits polars sont ainsi nés l'année dernière : deux romans écrits par des classes de primaire en collaboration avec des auteurs jeunesse : Sophie Dieuaide en 2004, Stéphane Daniel aujourd'hui. Illustrés par Marc Goubier, les deux romans de l'année, co-édités avec un éditeur local spécialisé, sont à retrouver sur le salon ce week-end.

Trois questions à Stéphane Daniel

NT : Vous avez coordonné l'écriture des P'tits Polars, comment s'est déroulé concrètement votre travail ?

SD : On s'est d'abord réuni avec les enseignants pour mettre au point le déroulement du travail puis, à partir des grands thèmes qui fondent le roman policier, on a établi un synopsis avec les enfants en réfléchissant sur ce que pouvait être l'histoire qu'ils auraient à raconter. On s'est ensuite attelé aux personnages, à établir les rebondissements puis, enfin, on a lancé le travail d'écriture qui, lui, a été plutôt supervisé par les enseignants. Compte tenu du temps, j'étais là pour réfléchir sur ce qui était bien, pas bien, établir des axes de travail… On communiquait beaucoup par Internet ce qui permettait de garder constamment le contact.

NT : Les élèves ont-ils spontanément proposé des thèmes ou des idées de personnages ?

SD : Nous avons justement essayé d'écarter ce que les enfants ont proposé naturellement, car ils avaient tendance à verser dans le gore ou à aborder des thèmes psychologiquement très dur, comme des crimes touchant des enfants. Mon premier travail a été justement de leur expliquer qu'on n'était pas obligé de verser dans la surenchère pour écrire un bon roman policier et de leur faire comprendre qu'il fallait monter des histoires qui tiennent la route. Il ne faut surtout pas se laisser entraîner dans l'échauffement verbal entre enfants qui se met très rapidement en route à ces moments là.
Mais nous avions aussi à cœur, les enseignants comme moi-même d'intervenir un minimum dans leur travail pour que l'œuvre finale soit le reflet de leur travail. Nous les avons très peu conduit dans l'écriture. C'est ce qui donne d'ailleurs deux livres très différents l'un de l'autre suivant la classe qui l'a écrite. On a juste demandé aux enfants de situer l'action à Montigny, afin de mieux vérifier la véracité et de rendre le travail d'imagination plus facile pour eux et les impliquant plus. Mais pour le reste, ils ont fait leur choix seuls avec, bien sûr, les contraintes de la démocratie : en groupe, il y a des choix qui doivent être réglés par le vote.

NT : Les élèves avec qui vous avez travaillé étaient t'ils déjà des lecteurs eux-mêmes ?

SD : Non, on ne peut pas dire que ce soit des enfants qui aient l'habitude de lire, de même pour l'écriture. On a été rapidement confronté à des problèmes " techniques " : c'est bien d'avoir des idées mais encore faut il pouvoir les mettre en forme. Les enfants se rendent donc compte très rapidement que les difficultés qu'ils rencontrent dans l'écriture pervertissent l'histoire telle qu'ils l'imaginent, lorsque le texte n'est pas à la hauteur. C'est tout le travail qui a été fait en classe, de mise en forme. Si il y a un enseignement à tirer par les adultes qui ont pris part à cette expérience, c'est de se rendre compte que les enfants ont très vite pris conscience des difficultés liées au passage des idées à l'écrit, du fond à la forme. C'est vrai que les contraintes de temps ne nous ont pas permis de creuser certaines parties du travail, ce qui peut être frustrant, mais en même temps, l'urgence nous a obligé à aller vite, ce qui a été bénéfique pour tout le monde et nous a tous poussé. On espère bien sûr que d'avoir écrit un livre amènera ces enfants à la lecture.

 


Six questions à Marion Lamarre

NT : Vous êtes l'institutrice d'une des deux classes qui ont participé à l'écriture des P'tits Polars, comment avez-vous vous même accueilli le projet ?

ML : J'ai tout de suite été très intéressée lorsqu'on m'a proposé ce projet car, travaillant à Montigny depuis trois ans, je m'étais rendue chaque année avec mes élèves au Salon du polar où nous avions déjà travaillé, l'an dernier, sur un livre de Stéphane Daniel.
Il est passionnant pour les élèves de travailler avec un auteur professionnel car même si nous, enseignants, nous essayons de leur faire faire quelques petits travaux d'écriture, des nouvelles principalement, nous n'avons pas les compétences pour mener à bien un projet d'une telle envergure.

NT : Et les enfants ?

ML : Lorsque nous leur avons proposé le projet à la rentrée des classes, ils ont été très emballés car ils connaissent déjà le Salon et l'apprécie beaucoup. Mais ils ne se rendaient certainement pas compte de l'ampleur du travail à fournir dans un temps relativement limité. Au final, ils se sont tous particulièrement investis dans la rédaction du livre.

NT : Plus généralement, qu'apprécient ils dans le Salon du Polar ?

ML : Rencontrer les auteurs est pour eux quelque chose d'exceptionnel car il est souvent difficile pour les enfants de mettre un visage derrière une signature. Au Salon, des intervenants leur lisent des textes policiers et ils ont beaucoup de livres à leur disposition. Pour eux, le Salon est devenu une tradition qu'ils attendent avec impatience.

NT : Comment évaluez-vous le " plus " pédagogique d'une initiative comme les " P'tits Polars ".

ML : L'auteur a le grand avantage, d'autant que Stéphane est par ailleurs enseignant, de savoir guider les élèves dans leur travail d'écriture, les recadrer. Moi-même, je me sentais parfois un peu " dépassée " alors que Stéphane savait parfaitement comment aider les enfants à exprimer leurs idées. Ce travail permet de structurer la pensée et l'imagination des enfants et l'écriture collective est vraiment une expérience enrichissante.

NT : Et votre place en tant qu'enseignante dans cette aventure ?

ML : Je la considère, assez modestement, comme le prolongement du travail de Stéphane au fil des jours, comme un trait d'union entre l'auteur et les élèves lorsque Stéphane n'était pas présent. Mais ce projet est d'abord celui de Stéphane…et des enfants bien sûr.

NT : Et votre opinion sur le Salon en lui-même.

ML : Le Polar est un " genre " sur lequel on peut facilement travailler avec les élèves. En cela, le Salon est une superbe opportunité pour les enseignants.


Propos recueillis par N.TRIBONDEAU