JEAN-PIERRE BANDIERA : LE JUSTE

Qu'est ce qui fait devenir juge d'instruction ?
Est-ce le fait d'être le fils d'un immigré italien fuyant l'Italie mussolinienne, refugié en France et dénoncé par un vil serviteur de ce que les années de plomb de l'Occupation engendra d'innommable. Est ce cette délation et la déportation qui en résulta qui cheville ainsi la vocation de justice ?
Etre magistrat instructeur, c'est avant tout une affaire de conscience et de probité. Alors qu'il est question de la preuve scientifique, le Juge reconnaît son apport incontestable dans l'établissement des faits et concède à la recherche des causes un caractère indéniable d'objectivité. Et tranquillement, il expose comment l'ADN a pu dans certains cas disculper des suspects, voire des accusés à tort. Rien ne peut venir contredire l'incontestable.

La preuve scientifique est donc un outil précieux pour la recherche des criminels.
Mais si elle prodigue des avantages, elle a aussi ses inconvénients et ne demeure qu'un instrument parmi d'autres.
Et de réintroduire un coefficient de probalité là où la certitude semble inébranlable .
Alors la preuve : condition certes nécessaire mais non suffisante, qui ne peut se suffire à elle-même. cqfd.
Une affaire reste toujours une affaire humaine. Mener une enquête, c'est collecter, mettre en ensemble, produire une cohérence qui ne se réduit pas une collection d'éléments hétéroclites mais se construit dans une articulation entre différents facteurs d'intelligibilité d'ordre différents. Définir ce qui fait le ressort du délit pour établir le vrai.
Et lorsqu'il s'agit d'un crime pour saisir ce qui, pour le plus grand malheur de la victime s'est joué pour elle à l'ultime moment.
Aussi la conscience se double-t-elle d'une vigilance sans faille. Etre le garant de l'application de la Loi, certes, mais être aussi une sentinelle éclairée qui ne se dérobe jamais à l'examen critique de sa propre pratique.
Il pourrait bien y avoir dans l'abus de la technique la tentation de jouer les Folamour et d'étendre l'infime part connue de code génétique à l'élaboration d'une carte du génome du crime et des délits.
Ne jamais perdre de vue qu'un fichier permet de traiter des données " computées " en masse. Qu'à se perdre dans les combinaisons infinies, on risque d'oublier l'humain et tout ce qu'il comporte d'aléatoire, d'incertain, incertitude - la fragilité en somme des édifices vivants.
L'humanité qui brille au coin de l'œil du juge n'est pas feinte. Il y a de la " virtù " antique chez celui qui ose revendiquer comme devise : Il vaut mieux un coupable dehors qu'un innocent en prison !