Salon du Polar - 7,8,9 décembre 2007 - Ville de Montigny-les-CormeillesVille de Montigny-les-Cormeilles - AccueilSalon du polar - Accueil
Événement 10ème année
MONTIGNY, DIX ANS DÉJÀ

Décembre 1998 : premier salon polar à Montigny-lès-Cormeilles. Le responsable du service culturel, Jean-Michel Pieuchon, me propose de faire partie d’un jury présidé par Roger Hanin, le célèbre commissaire Navarro. Nous devons choisir le meilleur roman policier de l’année parmi une sélection de dix ouvrages et nous déjeunons pendant les délibérations. Je prends des notes car je fais office de président en l’absence de Roger Hanin pour cause de tournage. Je le croise à 19 heures. Il arrive sur scène au moment où j’annonce le nom du livre gagnant : Poste Mortem de Jean-Jacques Reboux.

La Chambre occupée

En dix ans de salons, on se souvient toujours d’une anecdote amusante. J’en ai deux en mémoire. En 2003, pendant les délibérations du jury présidé par John Simenon, nous voyons entrer un auteur qui figure dans la sélection. Il ne se rend pas compte qu’il se trouve au milieu des jurés et s’assoie pour manger avec nous. Silence gêné puis quelqu’un lui explique…. En 2005, je loge le vendredi soir à l’hôtel. Je retire la clé de ma chambre auprès de l’hôtesse d’accueil mais lorsque j’ouvre la porte,  la pièce se trouve déjà occupée par un couple en pyjama, l’air aussi surpris que moi. Bredouillant, je referme la porte avant d’aller réclamer une  nouvelle chambre… vide cette fois.

Ce dixième anniversaire permet de mesurer l’évolution à la fois quantitative et qualitative du salon car il constitue un moment culturel fort pour les Ignymontains comme pour les habitants du Val Oise et de la région parisienne. Des milliers de personnes sont présentes à ce rendez-vous et certaines viennent de loin dont près d’une centaine d’auteurs de toutes les régions de France. Cet événement national a même tendance à s’internationaliser. L’Irlandaise Maureen O’Brien, qui a connu ses meilleures ventes en 2006 à Montigny, revient cette année. C’est aussi le cas pour la directrice québécoise de la collection de polars ALIRE qui, l’an passé, présentait aux visiteurs des œuvres de romanciers canadiens francophones. Une Polonaise, agent littéraire en France, est aussi venue  à Montigny à la recherche de romans français susceptibles d’être traduits dans son pays natal.

5 à 6000 livres vendus en deux jours

Depuis sa première édition, le salon progresse chaque année. Le nombre de 5 à 6000 livres vendus en deux jours, reste un chiffre impressionnant. Tant de gens évoquent l’illettrisme. Cette plaie touche  beaucoup d’enfants et situe notre pays à la 34e place dans le domaine de l’éducation sur les 40 nations qui ont été notées. Je crois sincèrement aux vertus de la littérature et plus spécialement de la littérature policière pour apporter des solutions à l’illettrisme. Dans son plus récent opus, Daniel Pennac explique en détail comment grâce à la littérature et à la lecture, il a donné confiance à des élèves en échec scolaire.
Une visite de quelques heures au salon de Montigny suffit pour en goûter la convivialité et les rapports amicaux qui se nouent entre auteurs et lecteurs. Depuis vingt-cinq ans qu’existent ces salons dans toute la France ce n’est pas le hasard si le polar représente plus de 20% des prêts en bibliothèque et des ventes en librairie car un salon permet de motiver les lecteurs.

Superflu un salon polar ? Que nenni !

Que ceux qui jugent un salon superflu méditent sur ces chiffres. Pour sélectionner les 8 ou 10 titres soumis au jury, une quarantaine de bibliothèques municipales et même d’entreprise ont été mobilisées dans le département. Les bibliothécaires ont mis en place une organisation pour que s’expriment leurs lecteurs et le phénomène n’a rien de marginal puisque en 2006, plus de 2000 fiches de lecture ont été remplies. C’est un résultat remarquable car faire lire n’est pas simple, mais faire écrire l’est encore moins. Ajoutons à ce bilan, tout le travail fait en amont avec les lecteurs en herbe dans les écoles. « Les petits polars » représentent  une initiative hors des sentiers battus et des « retours sur investissement fort rentables » pour parler un langage de patron. Comme tout est dans tout, et réciproquement d’après Pierre Dac, le salon de Montigny évolue sans cesse,  brasse des visiteurs issus de toutes les couches sociales, tout comme il accueille tous les genres du polar, sans exclusive. Son public, dont le nombre croit chaque année, est fidèle, bon enfant et curieux. J’ai également été frappé par l’implication des jeunes de Montigny, en particulier ceux des cités qui se sont révélés curieux, courtois et toujours prêts à rendre service. Dans nos dialogues j’ai noté leur lucidité à propos de leur place dans la société et des obstacles auxquels ils doivent faire face. Ce dixième anniversaire augure bien de l’avenir. Il marque une étape importante pour continuer à développer la lecture auprès du plus grand nombre de personnes de tous âges et de toutes conditions.

Claude MESPLEDE
Auteur de l’encyclopedie du polar tome 2 à découvrir sur le salon.