Salon du Polar - 7,8,9 décembre 2007 - Ville de Montigny-les-CormeillesVille de Montigny-les-Cormeilles - AccueilSalon du polar - Accueil
Café Littéraire
Café littéraire avec Abdel-afed Benotman samedi 6 décembre à 14h

Pour la première fois, un café littéraire montera ses tréteaux durant le Salon du Polar. Y sera convié un auteur étonnant, détonnant dont Robin Cook écrivait : « Si je devais définir le travail de cet écrivain, je dirais que c’est son cœur qu’il arrache devant nous et pose, encore battant, sur la table. C’est le travail d’un homme qui – non de sa propre volonté, mais parce qu’il n’a pas le choix- entretient un rapport intime et familier avec l’horreur qui le hante. »
Abdel-Hafed Benotman manie l’art de la conversation digressive à l’humour corrosif et à la dérision que le grand écrivain égyptien Albert Cossery, maître du genre, n’aurait pas dédaigné, lui qui s’intéressait tant aux mendiants et aux vagabonds sans-grade.
Scaramouche du verbe, ses saillies font mouche et touchent à coup sûr.
Carte blanche sera donnée à Olivier Cueto, animateur de radio et membre du collectif des Editions l’Insomniaque, fin connaisseur des livres d’Abdel-Hafed Benotman pour une déambulation dans la vie et l’œuvre de l’écrivain.
Nul doute qu’il sera question d’une trajectoire tracée de l’autre côté des hauts murs sur le territoire honni des prisons qui engloutissent les années et qui dépouillent de l’identité comme tous les lieux d’enfermement, de ce monde obscène, immoral et violent  peuplé de forcenés, de maudits, de chenapans et de parias, du travail d’écriture qui sculptent des récits « concentrés d’expérience » sans fioritures ni complaisance juste authentiques.
Car d’ Eboueur sur l’échafaud à Marche de nuit sans lune en passant par les Poteaux de torture et les Forcenés, AHB s’inscrit sur les rivages du noir dans cette mouvance des Chester Mimes, Edward Bunker ou bien encore des José Giovanni, Alphonse Boudard, Auguste Le Breton – les arpenteurs du labyrinthe obscur.
Et au détour de la piste, une  autre voix se mêlera en résonance à celle d’Abdel-Hafed Bentotman : celle d’Albertine Sarrazin dont les mots de la Cavale résonnent encore : « Mon bic, en taule, c’est mon flingue ».
Et des quêtes qui surgissent de l’embrasure des cachots émergent aussi des îlots de fraternité comme autant d’épures d’un monde meilleur.

Patricia Vioux

 

Abdel-Hafed BENOTMAN

Le 3 septembre 1960  :  mes parents ont le plaisir très bref d’annoncer ma naissance.
Me voilà né et prêt pour l’école jusqu’en 1975 où un petit délit me vaut la prison et mon premier crime passionnel… Ma mère meurt de chagrin et ressuscite aussitôt.
Un mois de prison, juste le temps de faire mes classes. Je travaille tout de même, livreur-manutentionnaire chez un fleuriste puis dans le prêt-à-porter… Mes livraisons sont entrecoupées de quelques voleries.
1979 : hold-up et Cour d’assises. La société se prive durant six ans de ma sympathique présence, je voyage d’une prison à une autre.
1984 : enfin les beaux jours, je travaille pour une compagnie de théâtre durant deux ans et six mois. Là, je monte sur scène et je joue Ghelderode et Tchekhov, Hugo et d’autres. Je redescends de la scène pour animer des ateliers théâtre.
Le lundi, avec des enfants psychotiques dans un hôpital de jour.
Le mardi, avec des personnes âgées dans un centre gérontologique.
Le mercredi, avec des jeunes délinquants dans un centre de prévention.
Le jeudi, avec des handicapés mentaux et physiques dont des trisomiques dans un C.A.T. (Centre d’aide par le travail).
Le vendredi, avec les jeunes élèves lycéens, étudiants et adultes de la ville de Troyes dans un cours dit classique.
Entre-temps, la nuit, je répète, je fabrique et j’écris…
1987 : je reviens sur Paris et je travaille le théâtre, deux pièces sont jouées. Mon frère me met en scène tandis que ma sœur tourne mal en devenant avocate.
Je construis deux recueils non édités, des chansons et des poèmes.
Mes textes se font plus de 15 ans de placard.
1990 : une rechute qualifiée de récidive : 8 ans. Je me politise à l’extrême gauche.
J’épouse l’amour de ma vie (novembre 1990) et me prenant pour un grand acteur je trouve normal d’avoir une doublure d’où : divorce en 1998.
1993 : un fou veut m’éditer. Il le fait (Les Forces nées).
1994 : Pasqua, Debré, Chevènement décident en association de malfaiteurs mon expulsion vers une Algérie anti-Hafed. Je me fais la belle.
1995 : repris. Mes 8 ans font des petits, l’un de 2 ans et 6 mois, l’autre de 3 ans. J’additionne 13 ans et 6 mois de prison à faire. Mon cœur lâche, on me sauve après être passé à l’ouvre-boîtes.
Je sors de prison et mon karma s’affole. Un petit rôle dans un film de Jacques Doillon. Des conférences à droite à gauche et une réédition de mon recueil de nouvelles. J’anime une émission de radio hebdomadaire sur radio Libertaire.
Ma devise ? « Pourvu qu’ça dure !!! ».

Abdel-Hafed Benotman
A Paris, septembre 2000