Salon du Polar - 7,8,9 décembre 2007 - Ville de Montigny-les-CormeillesVille de Montigny-les-Cormeilles - AccueilSalon du polar - Accueil
Affiche 2007



L'affiche du salon du polar 2007 (à droite) a été réalisée par Benoît Sokal.

Benoît Sokal sera présent pour les dédicaces le samedi 8 décembre à partir de 14H.


Portait Benoît Sokal

De la BD à la 3D, plusieurs manières de conter

Qu’on se le dise, Benoît Sokal n’a pas les pieds palmés et le trench, décidément, c’est pas son style. La cigarette, il y a fort longtemps qu’il n’y touche plus et la bière lui semble un peu trop amère. Consacré comme l’un des auteurs majeurs de la BD Polar, on lui doit l’affiche de cette dixième édition avec son héros fétiche, l’inspecteur Canardo, le légendaire détective privé, désabusé et humaniste, à la morale passablement alcoolisée.

Une cour des Miracles en BD

Les enquêtes de Canardo, aux antipodes de Disney, connaissent un succès européen depuis trente ans. Le lecteur y découvre la faune pittoresque des bistrots où se côtoient voyous et autres canailles. Une véritable cour des Miracles inspirée directement du langage courant ! « Le langage courant définit sans cesse les gens avec des noms d’oiseaux, philosophe Sokal, avec son air de chouette. Cela se prête très bien à la bande dessinée qui est très caricaturale et qui demande une lecture rapide. » Grâce à cet univers animalier, l’illustrateur met la parabole au service du trait. « Il y a des choses que l’on peut dire plus facilement avec des personnages animaliers. Ils offrent de la distance et davantage de symbolisme. Cette surcarcicature est très agréable à employer », reconnaît-t-il. Ainsi, la prostituée sera plutôt représentée en truie, le magouilleur ripou en faisan, le rusé en renard, le maquereau…en maquereau.

Malgré la ferveur qu’inspire l’univers soiffard de l’inspecteur Canardo, Sokal avoue ne pas penser « canard » tous les soirs. De même, pour ce raconteur d’histoires en images, le polar est davantage un prétexte, une couverture pour décliner divers thèmes : les histoires politiques, l’écologie, le roman populaire… « Il est naturel qu’un illustrateur ou qu’un dessinateur raconte des histoires de polar car la BD peut aborder tous les genres littéraires, dit –il. Mais je ne me suis jamais cru obligé de respecter les codes du roman policier. Je considère la recherche du criminel accessoire. C’est juste le fil rouge auquel on se raccroche. »

La créativité bousculée en 3D

Et, si Sokal nous était conté, à quelle espèce appartiendrait-il ? Probablement à celle des animaux migrateurs, marins ou aériens, dont les caractéristiques principales sont la régularité des migrations et le fait qu’elles comportent un voyage de retour. « Je ne suis pas enfermé dans le roman policier, dit–il. C’est un genre que j’aborde de manière cyclique. » Car Benoît Sokal aime bousculer les horizons de sa créativité. Parmi les premiers à coloriser ses dessins à l’aide de l’ordinateur, il connaît un véritable coup de foudre pour l’image de synthèse et se lance dès 1996 dans l’aventure de l’Amerzone, son premier jeu en 3D. Depuis, il ne cesse de récidiver, s’immergeant dans des univers poétiques et fantastiques. « Je n’ai pas vraiment délaissé la BD. Je fais de la BD autrement. L’image de synthèse permet toujours de raconter une histoire en images mais avec une immersion plus grande du lecteur. Cette technique offre la possibilité de reconstituer des choses qui n’existent plus, de donner aux décors imaginaires une véritable authenticité. »

Benoît Sokal est sans doute le premier auteur de bande dessinée à concevoir, réaliser et superviser l’intégralité d’un jeu vidéo. L’île noyée est sa nouvelle œuvre. Il renoue enfin avec le genre polar et propose une enquête interactive, menée en huit clos à un train haletant, sur une île paradisiaque. « Il faut essayer de renouveler ce que l’on fait car de l’uniformité né l’ennui », rappelle-t-il, complice. 

Marjolaine Moreau