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Prendre une classe,
la choisir bien jeune, entre le CE2 et le
CM2, de préférence réveillée
le matin, mais on peut aussi l'apprécier
plus agitée l'après-midi ; éviter
la surexcitation, cela donne des maux de tête.
Ne pas oublier d'inclure une maîtresse
motivée. Une classe sans maîtresse
c'est un peu comme un régime sans sel.
Parachuter un
écrivain, si possible réveillé
le matin et n'atteignant jamais son point
d'ébullition en cas de surchauffe
l'après-midi.
Préférer un écrivain
vivant. La fraîcheur se vérifie
ainsi : s'il prétend avoir connu
Victor Hugo, Jules Verne ou la Comtesse
de Ségur, l'abandonner dans sa bouillie
de mots. S'il porte la barbe, c'est signe
d'antiquité, laisser pourrir.
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Dégoter l'écrivain
idoine n'est pas tout. Encore faut-il l'acheminer
sur place.
L'envoi postal n'est pas recommandé, l'écrivain
étant déjà timbré.
Opter pour le Réseau Expérimental
du Rail, qui l'amène à destination
quand il ne le mène pas en bateau.
Le train de 8 heures 38 partira de Gare du Nord
à l'heure sauf incident voyageur, chute
d'arbre sur la voie ou bris de caténaire.
La grève peut être l'élément
surprise.
On attendra l'écrivain
avec sourire, panneau, fanfare, tapis rouge, petits
fours et champagne si la limousine comporte un
réfrigérateur. En cas d'auteur bougon,
suffisant, exigeant, acariâtre, le comité
d'accueil peut user de seringue hypodermique ou
d'objet contondant pour calmer l'animal.
Verser dans un même
récipient, la classe, l'auteur, le quart
de centaine d'élèves et l'enseignant.
Remuer les méninges du groupe compact ainsi
obtenu en évitant la montée de grumeaux
et de gros mots. Pour faire prendre l'histoire
policière, lier entre elles les idées.
On fuira les défraîchies, les courantes,
les banales, les reçues. On recevra les
tordues, les pêchues, les inattendues, les
farfelues.
On farcira le tout
d'une bonne dose d'humour et de jeux de langue.
Avant de laisser les petits doigts approcher des
stylos, on imaginera la fin du récit. Ne
pas céder au découragement. D'ailleurs,
ne céder à personne, surtout pas
à l'enfant récalcitrant. Obliger
la marmotte à prendre des notes, le paresseux
à trouver mieux, l'inattentif à
travailler les qualificatifs, le dissipé
à corriger l'accord des participes passés
Terminer la préparation
en menant une chasse impitoyable aux répétitions
non désirées. Les traquer, les peler,
jeter les plus insupportables à la poubelle.
Ne pas pleurer, elles n'en valent pas la peine.
Pour valider le seul
titre en lice (qui par ailleurs ne fera pas plus
de vingt-cinq lignes), on usera de démocratie.
On comptera les mains levées si possible
honnêtement et sans influencer.
Ne jamais oublier de
recompter le nombre d'élèves survivants
à la fin de l'exercice. S'il en manque
un, vérifier que l'auteur ne l'a pas emporté
chez lui pour lui faire écrire ses prochains
romans.
Christine
Beigel et Jean-Loup Craipeau
Auteurs jeunesse
Née en 1972 à Paris,
Christine
Beigel poursuit des études de langues
pour se destiner à la traduction. Aujourd'hui,
elle jongle entre les livres des autres et les
siens, puisqu'elle écrit pour la jeunesse et parfois,
pour les adultes.
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