DEBATS
 

L'ivresse des pouvoirs
SAMEDI 2 DECEMBRE 2006 A 16H

Débat animé par Hubert Artus, journaliste
Avec
Claude CHABROL, réalisateur
Eric HALPHEN, magistrat
Laurent LÈGUEVAQUE, ancien juge d'instruction
Denis SALAS, chargé de formation à l'Ecole nationale de la magistrature
 
Eric Halphen
  Claude Chabrol

" L'ivresse des pouvoirs ", le thème semblerait presque à la mode, si on oubliait qu'il est universel avant d'être purement électoraliste. Alors, oublions la politique (même si tout est politique) pour nous intéresser à ce pouvoir qui, comme l'alcool, fait tourner bien des têtes. Qu'il y a-t-il en effet de plus tragique, de plus violent, de plus terrible, en un mot, de plus " polar ", que cet enivrement qui nous, vous, tous, nous prends parfois.
Oh, bien sûr, il y a le pouvoir social, financier, économique, comme pourra en parler Eric Halphen. Mais c'est aussi tous les pouvoirs quotidiens, domestiques même, dont, parfois,-souvent ? - chacun abusent… Qu'est ce donc que les violences conjugales hormis un pur " abus de pouvoir ". ? Et puis il y a le pouvoir culturel, si bien décrit, autopsié même, dans les films de Claude Chabrol : violence entre propriétaire et domestiques, maître et esclaves… Et n'importe quel meurtre n'est il pas, finalement, que l'ivresse d'un pouvoir, essentiel, celui de vie et de mort ! Alors que l'on célèbre les 25 ans de l'abolition de la peine de mort dans notre pays, on peut certes se réjouir que cette ivresse là ne puisse plus être envisageable, mais l'ivresse de ceux qui détiennent le -un - pouvoir reste toujours possible, tant l'être humain est moralement faillible. On coupe la parole, on interdit des livres, on s'affranchit des lois, on assassine des journalistes… Le monde n'est finalement qu'un mauvais roman noir !
A toute société de s'assurer de l'existence de tous ces " contre pouvoirs " qui sont, justement, autant d'alcotests, pardon pour ce jeux de mot facile, à tout excès de pouvoir. A tous ceux qui vont l'exercer de se prémunir contre telles dérives, et c'est, certainement, la mission d'individus comme Denis Salas à l'Ecole Nationale de la Magistrature…
Car l'ivresse, c'est oublier le Bien et le Mal, l'ivresse, c'est se sentir invincible, l'ivresse, c'est avant tout la perte de toute morale…
Alors rendez-vous ce samedi 2 décembre à 16h pour venir en débattre avec nos invités !

Nathanaël Tribondeau

Polar et critique sociale
Dimanche 3 décembre à 16H

Débat animé par Hubert Artus, journaliste
Avec les auteurs :
Dominique Manotti
Didier Daeninckx
Patrick Pecherot
Jean-Hugues Oppel
Didier Daeninckx

Vous avez dit " social " le roman noir ?

La France possède des milliers de lecteurs passionnés de polars. Et connaisseurs avec ça. S'il vous arrive de croiser l'un d'entre eux, vous n'avez qu'à citer dans la conversation des noms de romanciers : David Goodis ou Jim Thompson, par exemple. Vous verrez les yeux de votre interlocuteur s'éclairer, persuadé que vous nourrissez la même passion que lui. Poussez le test encore plus loin et dites à ce mordu : alors vous aimez le roman policier ? La réponse tombera, tranchante comme un couperet : " non les histoires de flic m'ennuient. Moi je lis du roman noir ". Avec cette variante s'il s'agit d'un auteur : " non, moi j'écris du roman noir ".
Refusant la polémique, vous n'oserez pas dire à votre interlocuteur que les enquêtes de flics écrites par des Anglais comme John Harvey et Robin Cook sont de formidables romans noirs. Alors pour consolider vos connaissances, en passant à la bibliothèque, vous irez consulter un dictionnaire. S'il est bien fait, à l'article intitulé Roman noir, vous pourrez lire que cette appellation coïncide avec la naissance de la collection française " *Série Noire " composée de récits américains mettant en scène un détective privé qui combat le mal et la corruption. Les premiers textes connus datent de 1923.
Au début du XXe siècle le contexte social et politique américain est d'une extrême violence : loi sur la prohibition des boissons dépassant un degré qui provoque un marché noir de l'alcool et une corruption généralisée de la police et des politiciens ; affrontements sociaux durement réprimés avec assassinats de syndicalistes et émeutes raciales ; résurgence de l'antisémitisme et des fascistes du Ku Klux Klan ; enfin, pour garder le pouvoir, les patrons n'hésitent pas à pactiser avec le gangstérisme tout puissant
Le roman noir, marqué par le réalisme et la violence va naître du fait que depuis longtemps, beaucoup de romanciers estiment que le monde va mal. Certains, ayant fait la guerre en Europe, ne croient plus à la fraternité humaine. Tous condamnent le fameux rêve américain qui vante la réussite sociale à la portée de chaque individu, alors que si quelques uns réussissent c'est au détriment du plus grand nombre qui deviennent des laissés pour compte.
En utilisant dans leurs récits criminels, ces matériaux fournis par la société dans laquelle ils vivaient, Dashiell Hammett, Raymond Chandler et pas mal d'autres ont créé sans le savoir ce que nous appelons le roman noir. Un récit où le détective, plutôt que d'analyser les cendres de cigarettes, préfère analyser les rapports entre classes sociales. Un récit où ce détective sert de révélateur pour montrer au lecteur que les apparences dissimulent des choses graves. Et chaque fois, il nous avertit, met nos sens en éveil pour que nous sachions débusquer la vérité dans les livres mais aussi dans la vie quotidienne. C'est la leçon qu'ont retenu de nombreux auteurs français qui, présents à Montigny, en débattront devant vous et avec vous.

Claude Mesplède
Auteur du dictionnaire des littératures policières